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Traduit par Guillaume-Jean MILAN
Parution le 20 avril 2017
288 pages



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"En roue libre" de Lisa Owens, un premier roman très drôle sur la quête de soi…



« L’amour et le travail… Le travail et l’amour, c’est tout ce qui existe. », disait Sigmund Freud. La littérature a toujours eu tendance à privilégier l’amour, donc il est plutôt rafraîchissant de voir que le premier roman de Lisa Owens, drôle, intelligent et délicieusement autocritique, s’attaque au travail et, surtout, à la douloureuse question du chômage.

En roue libre est composé d’une série de vignettes – quelques lignes comme quelques
pages –, une construction qui reflète habilement les journées anarchiques de Claire Flannery, à la manière du très classique et très comique journal intime de Bridget Jones, ou encore, des livres d’Adrian Mole. Et les vignettes d’Owens sont tout bonnement jouissives :

Intitulé du poste
Les mots comme « maestro » et « superstar », jumelés à « administrateur » et « bénévole ».
 
Mais c’est surtout la subtilité avec laquelle l’auteur dépeint l’incertitude propre à nos quotidiens, qui donne au livre tout son éclat. Claire est à la fois rongée par le douloureux sentiment qui l’étreint lorsqu’elle voit qu’autour d’elle, chacun sait ce qu’il a à faire, et l’enfer que lui fait vivre ce monstre bien particulier : l’indécision. Avec Luke, son brillant petit-ami, elle passe des heures à s’interroger sur son désir d’enfant, sur le mariage…

Et, comme fréquemment dans En roue libre, derrière une trompeuse apparence de frivolité, se terre une réalité troublante : lors de l’enterrement de son grand-père, Claire fait par exemple référence à l’un des travers du défunt, qui avait pour fâcheuse habitude de se dénuder à la moindre occasion :

« Il adorait montrer ses blessures de guerre », je dis à la tablée. Mes cousins hochent la tête et sourient, murmurant leur assentiment. « Sans parler du reste ! je continue, en désignant mon giron et en riant. Même après son opération du cœur.
— Naaan ! dit ma cousine Faye. Sérieux ? Gum te montrait ses… ?
— Euh – non, non. Montrer, ça fait comme si… – non, c’était pas… Je crois pas que c’était volontaire, du tout », je dis. Tout le monde me regarde. Personne ne parle. « C’était rien de méchant, vraiment. Franchement. Je me disais toujours – il n’y a personne d’autre à qui c’est arrivé ? Comment les choses peuvent déraper comme ça ? »
 
Une révélation qui durcit les relations de la jeune femme avec sa mère alors que, justement, Claire a vraiment besoin de repères.

En roue libre, c’est le passage tardif à l’âge adulte de Claire, qui se retire du royaume de l’enfance pour rejoindre les terres plus difficiles de l’âge adulte… Sa grand-mère continue à cuisiner des scones, mais ils ne sont plus pour elle. Et quand elle reçoit des friandises par la poste, elle trouve dans le colis, des offres d’emploi… Comme l’exhibitionnisme de son grand-père, le chômage est un sujet aussi honteux que tabou. D’ailleurs, Mme Flannery appelle la recherche d’emploi de sa fille, « the you-know-what ».

Owens entremêle habilement l’humour fortuit de notre quotidien à ces sujets crus, douloureux, qui sont souvent trop difficiles pour y faire face comme, par exemple, la quête de soi. Et, sur le chemin que Claire entreprend pour gagner les douces contrées de l’épanouissement personnel, notre héroïne commence à réaliser que se connaître ne règlera pas forcément toutes ses questions...

Problème
Avant, je pensais que le problème venait du fait que je n’aimais pas mon travail. Maintenant, je comprends que le problème, c’est que ce n’était pas le fond du problème.
 
Source : https://www.theguardian.com/books/2016/apr/15/not-working-lisa-owens-review-novel, extraits

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