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Parution le 25 janvier 2018
304 pages


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Questions à Christian Blanchard à l’occasion de la parution de Iboga



Belfond : Dans Iboga, vous avez choisi de parler de la peine de mort, un sujet longtemps tabou en France, encore sujet à débats plus de trente-cinq ans après son abolition, pourquoi cette thématique ? Est-ce aussi une position engagée de votre part ?

Christian Blanchard : Ma position vis-à-vis de la peine de mort est claire : l’abolition est une évidence… À double titre. Tout d’abord, la peine de mort est inutile : elle n’a jamais fait baisser le taux de criminalité. Ensuite (et surtout) en tant qu’être humain, je ne dispose pas du droit « suprême » de vie ou de mort sur un autre être humain, même par délégation dans le cadre d’une cour d’assises. Loi du Talion ? Vengeance institutionnelle ? Tu as tué, je te tue… Quel que soit le crime, la peine de mort reste inhumaine. Ne tombons pas plus bas que les criminels.
Dans Iboga, le lecteur va s’apercevoir que la perpétuité va peu à peu supplanter la peine de mort. J’ai pris un angle décalé : la perpétuité n’est-elle pas un châtiment pire que la peine de mort ? D’autant que le personnage central de cette histoire a dix-sept ans.
 
Belfond : Malgré l’ancrage historique de votre roman – la date de l’abolition, les élections présidentielles, le nombre de voix à l’assemblée nationale – vous avez choisi d’inventer un personnage, celui de Jefferson Petitbois, adolescent noir de dix-sept ans, condamné pour une dizaine de meurtres et un viol. Pouvez-vous nous parler davantage de ce personnage ? Aviez-vous une histoire particulière à raconter à travers lui ?

Christian Blanchard : L’idée de ce livre est venue suite à un reportage vu à la télé, tard un soir : un jeune noir américain complètement paumé est condamné à la peine capitale après avoir été victime d’un pervers, d’un manipulateur qui prenait plaisir à tuer des gens par son intermédiaire. Une piste à creuser…
Iboga traite du rapport au temps, de la dépendance sous toutes ses formes et de la faiblesse psychologique…
Un élément, qui peut paraître étonnant dans cette histoire, concerne la hiérarchisation que Jefferson Petitbois établit entre meurtre et viol. Pour lui, le summum du crime n’est pas le meurtre mais le viol d’où… (Là, je m’arrête, il faut lire le livre…)
 
Belfond : On suit le parcours de Jefferson en prison, on rencontre ses gardiens, on apprivoise les murs de la maison d’arrêts de Fresnes puis d’une autre prison que vous ne nommez pas, on apprend le silence et la solitude, comment avez-vous réussi à vous imprégner de cette atmosphère particulière ? Quelle a été votre méthode ?

Christian Blanchard : Le thème de l’enfermement m’a toujours fasciné… En réalité, j’ai une angoisse terrible de l’enfermement, qu’il soit physique ou psychique… Même une chambre d’hôpital est pour moi un lieu d’enfermement insupportable. Je me suis toujours posé la question de ce que pouvaient ressentir les prisonniers. J’ai eu la chance d’avoir été deux fois finaliste au prix « intra-muros » de Cognac. La particularité de ce prix se trouve dans la composition du jury : tous les membres sont des détenus. Je les ai donc rencontrés en prison. Je savais que j’allais sortir au bout de deux heures mais, malgré ça, j’ai été particulièrement angoissé. Absolument pas par rapport aux personnes rencontrées mais vis-à-vis des lieux et du manque de liberté. Pour moi, la prison est terrifiante.Voilà pour le « ressenti ».
Quant à la méthode ? Outre le fait d’avoir visité plusieurs maisons d’arrêt, j’ai lu des rapports sur les prisons françaises et des témoignages d’anciens détenus… Par courrier, j’ai échangé durant plusieurs années avec un détenu rencontré lors de ma première finale à Cognac… Reste la littérature, les films et les séries…
 
Belfond : Avec Iboga, vous signez votre premier roman chez Belfond, mais ce n’est pourtant pas votre premier roman… Pouvez-vous nous détailler votre parcours ? Et si vous le souhaitez, pouvez-vous nous dire si vous avez de prochains projets en tête ?

Christian Blanchard : À 45 ans j’ai décidé de changer complètement de métier en créant une petite maison d’édition. Tout en m’occupant des nouveaux auteurs, je me suis pris au jeu de l’écriture et, après six ans, j’ai fait le choix définitif de l’écriture. Sollicité par les Éditions du Palémon pour lesquelles j’ai écrit six romans noirs, j’ai proposé un manuscrit aux éditions Belfond.
Quant aux projets en cours, j’ai toujours quelque chose qui mijote dans la tête… Le manuscrit sur lequel je travaille actuellement et que je vais prochainement proposer à Belfond est physiquement moins « enfermant » qu’Iboga mais le lecteur retrouvera les thèmes qui me sont chers : le « confinement » psychologique, la manipulation et, je l’espère, une forme de compassion pour mes personnages. Il y a évidemment une intrigue, une fin (que j’espère forte… voire très forte) et un épilogue construit un peu sous la forme du « ruban de Möbius ».
Je  cite juste une phrase qui, selon moi, peut symboliser le prochain livre :
« J’avais sept ans… Il allait prendre ma place… Et je n’avais pas grand-chose à partager. Tu comprends ? Je n’ai pas manqué de courage… Au contraire, j’ai fait preuve de sang-froid. »
 
Belfond : Merci pour vos réponses !

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