Accéder à la recherche
Logo des éditions Belfond

Lire un extrait


Traduit par Isabelle ROSSELIN
Parution le 17 août 2017
224 pages


Partager cette page

Un extraordinaire premier roman



Andre van Loon admire le premier roman aussi noir qu’abouti d’Inge Schilperoord, brillante psychologue judiciaire.


Ce coup d’essai captivant, à l’atmosphère confinée, nous force à voir le monde à travers les yeux d’un criminel… On ne peut fuir le protagoniste, Jonathan, parce qu’il est humain. Il est l’un des nôtres : « Tout est comme un océan, tout s’écoule et se touche, on frôle un endroit – l’écho résonne à l’autre bout du monde. », comme l’écrivait Dostoïevski.
 
Traduit du néerlandais, La Tanche met en scène Jonathan, jeune homme qui vient de sortir de prison et qui retourne vivre chez sa mère dans une bicoque décrépie. Un garçon qui se promène le long de la plage et des marées du nord de la Hollande et, surtout, qui évite le contact humain autant qu’il peut.
Jonathan préfère les animaux à ses semblables, et la modestie maladive de sa mère l’agace. Elle rôde autour de la maison aussi silencieusement que lui, priant les yeux clos, et citant inlassablement la Bible. Lorsqu’il quitte la maison, elle lui fait mille recommandations, comme si elle s’adressait à un enfant : « Elle répéta qu’il devait boire beaucoup. Il répéta ‟oui”… Il ressentait presque dans ses propres poumons la respiration sifflante, laborieuse, de sa mère. »
 
Malgré la beauté de la mer, des dunes et des cieux, le récit, rythmé par de courtes phrases, aussi énigmatiques que prudentes, est oppressant. « Dans le lointain s’étendait la mer, une surface calme, avec ici et là quelques cargos isolés à l’horizon. » ; « La chaînette avec la petite croix en pendentif, posée au-dessus de son col, remuait doucement au rythme de sa respiration. »
La retenue de Jonathan est troublante, et renvoie à l’épigraphe, extraite du Mythe de Sisyphe d’Albert Camus : « L’appel humain et le silence déraisonnable du monde. » On réalise que Jonathan est perturbé, qu’il s’efface jusqu’à devenir invisible, effrayé par sa propre ombre.
 
L’usage de la troisième personne, d’une neutralité glaçante, est l’une des plus grandes réussites de ce roman. On sent que l’histoire de ce Jonathan, être profondément impur, nous est conté par un narrateur omniscient, alors pourquoi n’y-t-il pas de jugement de valeur ?
Cette tracassante question nous pousse à l’agonie lorsque Jonathan rencontre la jeune fille qui promenait son chien alors qu’il était en détention. Est-ce que l’enfant, négligée par sa mère et abandonnée par son père, peut le faire sortir de sa coquille ? Est-ce qu’une étrange amitié pourrait naître de cette relation ?
Après cette rencontre, beaucoup n’auront pas la force de continuer leur lecture. A priori, vu de l’extérieur, rien de choquant, mais ce rapprochement n’est pas heureux, ni pour Jonathan, ni pour la jeune fille…
 
La Tanche est un livre profondément troublant, d’une étrange beauté – et s’enterre dans le silence quand la plupart d’entre nous attend justice et consolation. C’est un extraordinaire premier roman.
The Telegraph, extraits
 
 

Vous aimerez aussi


 
  • Couverture de l'ouvrage Les Mandible : Une famille, 2029-2047
  • Couverture de l'ouvrage Des dieux sans pitié
  • Couverture de l'ouvrage En roue libre
  • Couverture de l'ouvrage Quand tu es parti (Nouv. éd.)