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Parution le 05 octobre 2017
624 pages



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Interview de Fabrice Papillon



A l’occasion de la parution du Dernier Hyver, Fabrice Papillon a répondu à nos questions dans une interview inédite.

Belfond : Le Dernier Hyver est votre premier roman mais pas votre premier ouvrage, vous avez en effet déjà publié de nombreux livres de vulgarisation scientifique… Pourquoi ce passage au roman ?

Fabrice Papillon : Depuis vingt ans, je traite avec passion l’actualité scientifique. J’ai commencé par de nombreux reportages, sur Europe 1, puis dans l’émission C dans l’Air sur France 5, puis dans des films documentaires, plus longs et qui laissaient du temps pour expliquer. En parallèle, j’ai effectivement co-écrit une dizaine d’ouvrages de vulgarisation scientifique, avec de grands savants comme Axel Kahn. Au bout de vingt ans, et tandis que je lisais des thrillers historiques ou scientifiques qui, souvent, me laissaient un petit arrière-goût d’imprécision, de manque de réalisme, j’ai décidé de me lancer dans l’aventure. J’avais envie de m’amuser, de sortir du cadre strict du journalisme, pour inventer, imaginer une histoire incroyable qui couvre toute l’histoire de l’humanité (et scelle son avenir). Mais je voulais aussi que tout soit parfaitement réaliste et crédible. C’est en quelque sorte la marque de fabrique que j’aimerais imprimer à mes romans.

Belfond : Vous avez choisi de mélanger le thriller scientifique au roman historique, deux genres habituellement bien distincts, pourquoi ce choix ? Votre formation vous a-t-elle aidé à avoir un socle pour votre histoire ?

Fabrice Papillon : Oui, j’ai beaucoup de chance, car je possède une culture classique « d’honnête homme », mêlant les lettres et la science. Cette double culture s’explique par ma formation d’historien qui s’est prolongée un peu par hasard par une carrière de journaliste scientifique. En fait, les deux mondes se rejoignent logiquement pour moi : j’ai toujours adoré l’histoire des idées et la philosophie dont l’un des objectifs est de tenter d’expliquer le monde. La science apporte des réponses à des siècles d’interrogations et d’hypothèses parfois loufoques, parfois extrêmement pertinentes. Aujourd’hui, nous pouvons mettre en perspective la longue cogitation de générations de penseurs avec la réalité des découvertes scientifiques récentes. Et leur donner un sens, peut-être même une cohérence. Avec cette double identité (historique et scientifique) j’ai donc voulu innover, et proposer un roman qui soit tout autant historique que scientifique (mais aussi philosophique). Et avec des styles d’écriture radicalement différents entre le passé et le présent, pour bien marquer les époques, jusqu’à la « fusion » en 2018.

Belfond : Vous nous emmenez dans l’Alexandrie antique, la France de François Ier, l’Angleterre des Tudors, nous rencontrons l’Inquisition, Voltaire… Peut-on savoir quels critères ont motivé le choix de ces périodes historiques précises ? Avez-vous choisi vos personnages favoris ?

Fabrice Papillon : En partie, mais plusieurs sont aussi des découvertes liées à mes recherches. Je voulais avant tout dévoiler des moments cruciaux, comme le dernier souffle de plusieurs grands génies. Les contextes étant très variés, j’ai beaucoup travaillé sur les différentes époques. J’ai découvert des personnages incroyables, comme Poggio Bracciolini, le « chasseur de manuscrits de l’Antiquité ». Il a été le déclic à l’origine de mon roman. Sans oublier de nombreuses femmes, puisqu’elles sont au cœur de l’intrigue. J’ai dévoré des biographies, parfois anciennes, en diverses langues, pour me « lover » dans l’histoire de ces personnages dont beaucoup sont restés dans l’ombre, comme le mage John Dee, qui a conseillé pendant de longues années la reine Elisabeth Ière d’Angleterre ; ou comme la très brillante Emilie du Châtelet, la compagne de Voltaire. Je voulais donc que le lecteur retrouve des personnages familiers (comme De Vinci ou Newton) mais surtout en découvre de nouveaux souvent déconcertants et très mystérieux.

Belfond : Vous vous appuyez sur des faits réels, par exemple sur le clonage de la brebis Dolly, avec des explications scientifiques qu’un néophyte perçoit comme plausibles. Votre roman, dense et haletant, fourmille ainsi d’informations historiques et scientifiques… Comment avez-vous travaillé ? Pouvez-vous nous parler de votre méthode ?

Fabrice Papillon : J’ai d’abord rassemblé mes connaissances pour tracer une sorte de ligne d’horizon. J’ai rapidement imaginé l’intrigue et le dénouement très particulier. Pour donner un souffle vital hyper réaliste à cette trame, j’ai ensuite ciselé chaque chapitre à travers de longues recherches (dix-huit mois de travail) dans des ouvrages classiques, et dans des articles historiques ou scientifiques. Lorsque la documentation ne suffisait pas, j’ai fait mon métier de journaliste : j’ai demandé à rencontrer de nombreux acteurs qui, tous, m’ont ouvert les portes de leur savoir (et surtout leur jargon très particulier). Là encore, une seule idée en tête : être hyper crédible. Donner au lecteur cette impression très particulière de se dire : c’est comme si j’y étais. J’ai donc rencontré des policiers, des experts de la police scientifique, des médecins, des biologistes, un anthropologue légal, des ingénieurs comme l’inspecteur général des carrières souterraines de Paris. J’ai pu visiter des lieux obscurs et mystérieux, interdits au public, comme les carrières des Capucins, sous l’hôpital Cochin, à 20 mètres de profondeur. L’alliance d’une imposante documentation (triée et traitée grâce à ma double culture) et de ces rencontres fabuleuses m’a permis d’écrire ce roman assez vite, une fois que tout était en place.

Belfond : Vous semblez promouvoir le pouvoir et l’intelligence des femmes, avec des personnages emblématiques comme Hypatie d’Alexandrie et Elisabeth Ière mais aussi à travers votre héroïne, Marie Duchesne. Pourquoi ce choix ? Pensez-vous que votre roman soit féministe ?

Fabrice Papillon : Absolument. J’admire les femmes parce que leur esprit est différent du nôtre, nous les hommes. Pourtant, leur histoire, dans les sociétés humaines, a rapidement dévié de celle des hommes. Et vers le début de notre ère, tout s’est accéléré pour faire des femmes des humains de « seconde zone » pour qui tout est plus difficile. Notamment sur le plan professionnel, pour progresser, atteindre des postes à responsabilité. Et l’affaire Harvey Weinstein nous rappelle que le combat contre la prédation et le machisme révoltant est quotidien. C’est, très indirectement, un roman qui s’inscrit dans l’actualité, et qui non seulement rend hommage aux femmes, mais leur offre aussi une revanche bien méritée.

Belfond : Avez-vous de prochains projets en tête?

Fabrice Papillon : Oh que oui ! Ce premier roman m’a vidé, d’autant que je l’ai souvent écrit de nuit et dans mes rares moments libres. Pour autant, l’accueil incroyable qui lui est fait, notamment sur de nombreux blogs, mais aussi de la part de certains auteurs que j’admire, comme Bernard Werber qui le trouve ‘formidable’, ‘excellent’, me comblent de bonheur. A plusieurs reprises, des critiques et des libraires m’ont comparé à Dan Brown, et à son livre le Da Vinci Code ; en indiquant systématiquement que le dernier hYver était « bien mieux » ! Ces commentaires enthousiastes vont bien au-delà de ce dont je rêvais. Aussi, malgré le travail que cela représente, et parce que j’ai contracté le « virus », je suis déjà plongé dans la préparation d’un second roman. Il reposera sur la même matrice, historique et scientifique, et embarquera une nouvelle fois l’humanité vers de sombres rivages. Et ce sera l’occasion d’avoir, peut-être, des nouvelles du Commandant Marc Brunier de la célèbre Crim parisienne.

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