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Parution le 09 novembre 2017
304 pages



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Questions à Alexandra Echkenazi à l’occasion de la parution du Joueur de Baccara



Belfond : Le Joueur de baccara est votre deuxième roman, après la parution du Journal de Mary. Encore une fois, ce sont des faits réels qui vous ont inspirée. Quelle a été la genèse de ce projet ? Pourquoi ce duo de personnages, Ian Fleming et un certain Dusko Popov ?

Alexandra Echkenazi : En ce qui me concerne, le premier élément déclencheur pour l’écriture, c’est la curiosité. Je n’ai jamais d’idée préconçue sur ce que je veux écrire. Je ne me dis pas : « tiens, cette fois, je vais écrire sur tel ou tel thème, tel ou tel personnage etc… » Je lis beaucoup et de tout. Mes lectures sont très éclectiques. Cela va de la presse magazine grand public aux essais théoriques sur la littérature, la politique, l’histoire, en passant par la lecture de romans, classiques ou pas, et évidemment – réflexe que j’ai gardé de mes années de journalisme - chaque jour, la presse quotidienne. Je visionne aussi beaucoup de films et documentaires sur internet. C’est au cours de ces flâneries que mon intérêt est attiré par tel ou tel sujet. Je tire un fil, puis la pelote ne s’arrête plus. Cela s’est passé ainsi pour Mary Meyer, et de nouveau pour Dusko Popov. Je suis tombée par hasard sur de vieux articles qui lui avaient été consacrés à l’occasion de la sortie de ses mémoires et surtout sur une émission télé datant de 1975 autour des espions de la Seconde Guerre mondiale à laquelle il participait. Le personnage m’a tout de suite fascinée. J’ai poussé mes recherches sur lui et j’ai découvert qu’il était considéré comme l’un des modèles de Ian Fleming pour la création de James Bond. J’aurais pu m’arrêter là, mais j’avais envie d’en savoir plus sur la rencontre entre ces deux hommes. Or à part quelques lignes dans les mémoires de Popov concernant une partie de baccara en 1941 au Casino d’Estoril, il n’y avait rien. C’est en fait de ma frustration de ne pas trouver d’autres éléments sur la relation entre ces deux hommes qu’est née mon envie d’écrire ce roman, d’imaginer cette histoire qu’aucun des deux protagonistes n’a cru bon de raconter et qui pourtant a donné naissance au plus grand espion de la littérature et du cinéma.

Belfond : Si tout le monde connaît James Bond, Dusko Popov, son inspirateur, est en revanche bien moins connu… Comment expliqueriez-vous cette méconnaissance de l’agent secret sans doute le plus crucial de la Seconde Guerre mondiale ?
Alexandra Echkenazi : Popov a écrit ses mémoires, Tricycle, que je conseille à tous. Il est bien connu des spécialistes de l’espionnage et de la Seconde Guerre mondiale. Mais c’est vrai qu’il est plus célèbre en Angleterre, puisque c’est un agent britannique. La plupart des livres que j’ai lus pour ce roman sont écrits par des auteurs anglais et ne sont malheureusement pas traduits. En fait, c’est surtout en France qu’il est moins connu, alors qu’il a choisi de vivre sur les hauteurs de Cannes après la guerre, où il a terminé sa vie entouré de sa femme et de ses enfants. Car s’il a été le modèle de James Bond, si comme lui il a été un agent secret et un playboy entouré de femmes, Popov n’est pas non plus James Bond. Il a été un mari aimant et un père modèle et c’est aussi l’objet de mon roman. C’est un roman sur le vrai James Bond, mais aussi la création littéraire, l’inspiration, au final l’écriture.
 
Belfond : C’est la seconde fois que vous vous intéressez au XXe siècle et à ses grands mythes – d’abord les années 1960 et l’assassinat de Kennedy, puis les années 1940, la seconde guerre mondiale et l’espionnage –, y-a-t-il une raison particulière à ce choix ? Cherchez-vous à ancrer vos personnages dans une époque précise ?

Alexandra Echkenazi : Non, encore une fois j’aurais tendance à vous dire que c’est le hasard de mes flâneries qui a abouti à ces choix. Mais je ne suis pas dupe, même si c’est inconscient, il y a toujours des raisons sous-jacentes qui font que l’on s’arrête sur tel ou tel sujet. Je me suis attaquée à des mythes de notre temps certes, mais aussi et surtout à des périodes de l’Histoire directement liées l’une à l’autre et qui expliquent le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui : la Seconde Guerre mondiale et la Guerre froide. Sachant que mon histoire personnelle et familiale est liée à ces deux périodes – les membres de ma famille sur plusieurs générations ont changé plusieurs fois de nationalité à cause de ces soubresauts de l’Histoire – il y a donc une certaine logique dans le choix de mes sujets. Finalement, je me demande si le choix de ces personnages n’est pas un prétexte à en connaître un peu plus sur moi-même…Mais c’est encore très flou pour moi. Reposez-moi la question à mon dixième roman, ce sera peut-être plus clair !

Belfond : Pour écrire ce nouveau roman, vous avez dû mener une enquête minutieuse – le prouve notamment la taille de votre bibliographie.  Pouvez-vous nous expliquer comment vous avez procédé ? Votre parcours de journaliste déteint-il sur vos méthodes de recherche et d’écriture ?

Alexandra Echkenazi : Je suis non seulement curieuse de nature mais quand je me passionne pour quelque chose, je suis capable de mener des recherches comme si je faisais une thèse. J’ai en effet un côté obsessionnel, un souci du détail et de la précision qui ne sont pas toujours des qualités quand on écrit des romans puisque le but est de se détacher de la réalité. Pour ce roman, comme pour le premier, j’ai donc accumulé de la documentation à n’en plus finir (mon bureau est envahi de grosses boites de cartons où je range toutes mes recherches). Je ne crois pas que cela soit lié à mon passé de journaliste, domaine où au contraire on a tendance à rester à la surface des choses faute de temps. Je crois que j’ai toujours été comme cela. En revanche, ce qui est lié à mon ancien métier, c’est le besoin de voir les choses par moi-même, d’aller sur le terrain. Pour Le Journal de Mary, j’ai eu besoin de voir où mes protagonistes habitaient, par où Mary Meyer passait pour se rendre à la Maison Blanche, et surtout où elle avait été tuée. Je suis donc allée à Washington pour m’imprégner de tout cela. Pour Le Joueur de baccara, cela a été pareil. Je connaissais la plupart des lieux de l’action, sauf Lisbonne et la Jamaïque. Je suis allée à Lisbonne, visiter les lieux que fréquentait Popov, le quai où il a décollé en Clipper pour les États-Unis…En revanche pour la Jamaïque cela ne s’est pas fait, à mon grand regret, j’ai dû me contenter de documentaires. Mais j’espère bien me rattraper un jour et séjourner à Goldeneye, dans la chambre de Fleming !

Belfond : Merci pour vos réponses !

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