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Traduit par Laurence VIDELOUP
Parution le 20 avril 2017
640 pages



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Aux origines de Leopard Hall




Aussi loin que remontent mes souvenirs, ce livre avec son titre en gras et en rouge, Missing – Believed killed (Portés disparus –Vraisemblablement tués), se trouvait dans la bibliothèque de mes parents. Y figurait la photo de famille qui a fait germer l’histoire de Leopard Hall. Une légende sous la photo indiquait que seuls deux des enfants avaient survécu au massacre des missionnaires car ils étaient partis en internat. Ce livre avait été écrit par une infirmière capturée par les rebelles simbas en 1964, au Congo. Elle avait finalement été sauvée par un commando de mercenaires, mais la plupart de ses amis avaient été tués. Enfant, vivant moi-même en Afrique, je contemplais souvent cette photo avec son effrayante légende et me demandais ce qui avait bien pu se passer.
 

 
 
Je suis née en Tanzanie, je suis la fille d’un safari doctor, un médecin de brousse, et d’une artiste. À bien des égards, mon enfance a été idyllique. Tout cela a pris fin lorsque j’ai eu dix ans. La nostalgie pour mon pays perdu a inspiré mon aventure littéraire, même si, adulte, j’allais publier plusieurs livres avant de me sentir prête à écrire sur l’Afrique.
 
Mon premier roman, La Reine des pluies, se déroule en Tanzanie ; il s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires en Europe et m’a donné la possibilité de devenir auteure à plein temps. Depuis, je vais régulièrement en Afrique avec mes parents et d’autres membres de ma famille, à la recherche d’histoires.
 

 
 
Notre voyage le plus récent nous a menés au Centre de recherche Jane Goodall sur les chimpanzés, au bord du lac Tanganyika. Je me suis surprise à regarder souvent de l’autre côté du lac, en direction des côtes lointaines du Congo. Je venais de finir la lecture d’Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad et j’avais en tête des images encore vives du règne du roi Léopold, durant lequel on a déploré au moins autant de victimes au Congo que pendant l’holocauste perpétué par les nazis. Cela m’a rappelé que dans mes récits africains, il y avait une lacune : j’avais traité des sujets très différents dans les quatre romans que j’avais jusqu’alors écrits mais je ne m’étais jamais directement confrontée à la face sombre du colonialisme. Cet oubli m’a paru malhonnête puisque j’avais fait commerce du romantisme lié à l’Afrique, en grande partie fondé sur cet héritage.
 
J’avais conscience qu’il me faudrait tout apprendre de l’histoire d’un nouveau pays, mais je décidai tout de même que le Congo serait le décor de mon prochain récit. Non seulement ce pays avait un passé colonial horrible mais les événements qui avaient suivi l’Indépendance étaient également une honte. Patrice Lumumba, le premier Premier ministre élu, chef aux aspirations socialistes, fut torturé et tué par ses opposants politiques : la CIA, l’armée belge et d’autres, opérant en sous-main. La révolte simba constitua une tentative de renversement du gouvernement pro-occidental installé après la mort de Lumumba. Les rebelles, menés par des sorciers aux pouvoirs magiques, constituèrent une force terrible qui balaya le pays.
 


 
 Au début, les Simbas poursuivaient un idéal mais, comme souvent lors d’insurrections, les troupes sur le terrain devinrent vite incontrôlables. Des siècles d’antagonismes mêlés à des problèmes contemporains déclenchèrent des massacres dans le pays. La famille sur la photo fut au nombre des victimes. On fit appel à des mercenaires étrangers pour venir à bout des rebelles. La CIA finança l’opération. La Russie et la Chine soutinrent les Simbas. Ce fut un épisode par procuration de la guerre froide, comme celui qui allait bientôt se jouer au Vietnam. De nombreuses personnes pensaient que l’avenir du monde libre était en jeu.
 
Lorsque j’ai commencé à lire les récits de mercenaires, je n’imaginais pas un instant qu’ils me fascineraient autant. Je pensais qu’ils seraient des acteurs mineurs dans mon roman – ils sauveraient mes personnages principaux puis disparaîtraient de l’histoire. Mes recherches furent dérangeantes, pleines de contenus choquants. Dans les Mémoires du commandant Mike Hoare, Irlandais haut en couleur, j’ai lu des récits très personnels sur les expériences de ces commandos. J’ai commencé à me demander si ces mercenaires étaient des démons ou des anges – ou les deux à la fois ?
 
J’ai finalement décidé de raconter la moitié de mon histoire du point de vue de Dan Miller, commandant d’un groupe de mercenaires. Le défi quant au niveau requis en matière de documentation militaire était immense. Pour composer mon unité de trente hommes, j’ai trouvé utile de m’inspirer de personnes réelles, mélange d’acteurs, de surfeurs, de soldats et d’aventuriers.

 
Pour construire le roman, j’y ai ajouté des thèmes et des décors, puisant dans les souvenirs du travail de mon père pour traiter la lèpre et dans l’intérêt de ma mère pour l’art africain et son influence sur des artistes européens tel Picasso. En créant le personnage d’Eliza, héritière américaine qui n’est pas du tout ce qu’elle semble être, c’est le contraste offert par le chic exotique de l’Afrique des années 1960 qui m’a également attirée.
 
Comme avec chaque roman, le décor et les sources d’inspiration ont fourni l’arrière-plan et des points de départ. Mais Leopard Hall est une histoire motivée par des émotions ; il aborde des problèmes qui se posent dans la vie de tous les jours. Il traite d’une famille désunie et de l’obsession d’une fille pour un père qui l’a abandonnée. C’est une histoire qui dépasse le cadre temporel et spatial ; elle pourrait concerner votre vie, ou la mienne, et tous les univers que nous connaissons.
 
 
 

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