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Fernando Vallejo, l’enfant terrible des lettres colombiennes |
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Texte : Véronique Cardi l Photographie : John Foley / Opale
16 septembre 2007 |
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Auteur d’une œuvre coup poing, singulière, Fernando Vallejo, l’enfant terrible des lettres colombiennes, lauréat, en 2003, du prix Romulo Gallegos [le prix vénézuelien le plus prestigieux d’Amérique latine] pour Et nous irons tous en enfer, nous revient d’ici bas avec Carlitos qui êtes aux cieux. |
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Né en 1942 à Medellín, dans une famille nombreuse relativement aisée, Fernando Vallejo a étudié la philosophie et les lettres à Bogota, puis la réalisation cinématographique à Rome. Il a écrit plusieurs scénarii et réalisé trois longs-métrages à Mexico, où il vit depuis 1971. Passionné de biologie, mais aussi pianiste de talent, il vient à l’écriture au début des années 1980 avec la publication de Logoï, un essai grammatico-stylistique, prélude à l’œuvre romanesque qui va l’imposer comme l’une des voix les plus singulières – et les plus scandaleuses – de la littérature latino-américaine. Pendant quinze ans, il ne sortira presque plus de chez lui pour se réfugier dans l’écriture. Il entreprend alors son grand œuvre, un cycle romanesque autobiographique de six textes, écrits de 1984 à 1993 [El Rio del Tiempo] dont Belfond a publié le deuxième volet, Le Feu secret [1998 ; Livre de Poche, 2000]. C’est La Vierge des tueurs [Belfond, 1997 ; réédition 2004 ; Livre de Poche, 1999], adaptée au cinéma par Barbet Schroeder en 2000 [avec un scénario de Fernando Vallejo], qui le révèlera en France et en Europe. Il est également l’auteur de La Rambla paralela [Belfond, 2004], un roman saisissant mettant en scène sa propre mort.
Révolté par la violence qui détruit son pays, « le plus assassin de la terre », Fernando Vallejo écrit La Vierge des tueurs, après un voyage éprouvant à Medellín, au début des années 1990. Cette œuvre coup de poing relate le retour d’un grammairien vieillissant dans sa ville natale, devenue une ville-charnier, défigurée par la haine et la mort, et hantée par les sicaires, ces jeunes garçons qui tuent pour de l’argent, par vengeance, par envie, par ennui.
C’est pour dénoncer cette violence ainsi que la corruption du gouvernement en place, complice et sans scrupule, que l’écrivain a renoncé à sa nationalité colombienne en 2007. La réélection du président colombien Uribe, un des rares présidents sud-américains de droite et proaméricains, impliqué dans des affaires de collusion avec les paramilitaires, l’a en effet décidé à demander sa naturalisation au Mexique. Celui qui justifiait son choix de vivre à Mexico en affirmant : « Si je revenais à Medellín, je serais rapidement assassiné ! » [Lire, novembre 2000], est à présent officiellement mexicain.
Enfant terrible des lettres colombiennes, il avait déjà fait frémir la bien-pensante et très catholique bourgeoisie du pays, en évoquant, dans Le Feu secret, son amour compulsif des jeunes garçons. Il attaque régulièrement l’Église catholique, faisant un relevé minutieux des crimes qui se sont commis en son nom tout au long de l’histoire. Il y a quelques années, il a également publié le Petit manuel d’imposturologie où il réfute les théories de scientifiques comme Newton et Einstein.
Écrivain polémique par excellence, quand il gagna le prix Romulo Gallegos [le prix vénézuélien le plus prestigieux d’Amérique latine] pour son roman Et nous irons tous en enfer [Rocher, 2003], il fit don du montant du prix à une société de protection des animaux de Caracas. Le misanthrope avoué a aussi fait créer à Medellín un cabinet de consultation pour chiens pauvres. La mesure controversée, dans un pays où 60% d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté, aurait permis la stérilisation d’une centaine d’animaux errants ou appartenant à des réfugiés. À l’instar d’Alexis, le jeune sicaire de La Vierge des tueurs, qui a soudain les yeux pleins de larmes pour un pauvre chien blessé qu’il faut abattre, l’amour de l’écrivain pour les animaux s’explique par le fait que ces derniers ne connaissent ni la haine, ni le mensonge, qui sont des inventions humaines.
Après le livre élégiaque consacré à la perte de son frère Darío, mort du sida [Et nous irons tous en enfer], Fernando Vallejo retrace trois ans dans la vie d’un autre de ses frères, Carlos, maire de la ville de Támesis, non loin de Medellín, dans Carlitos qui êtes aux cieux [à paraître chez Belfond]. De sa course électorale fulgurante à son ignominieuse défaite. Latiniste émérite, jurisconsulte de l’université d’Antioquia, inspecteur de police, premier secrétaire de l’ambassade de Colombie à Madrid, ce cinquième enfant d’une fratrie de vingt membres n’a jamais cessé de s’élever dans la hiérarchie sociale. Et parce qu’il s’est enterré, par pure nostalgie, à Támesis, Carlos décide un beau jour d’en conquérir la mairie. Entouré de son amant, le dentiste Memo, de la « première dame » Marilú Vásquez Velásquez et du curé, le père Sánchez, Carlos lance un vaste projet de centrale hydroélectrique, fait découvrir à ses administrés les charmes discrets du tout-à-l’égout, organise un concours de crèches de Noël, fait construire un parc d’attractions dans le cimetière et donne le coup d’envoi d’un mundialito de football... Mais, dans un pays à la corruption désespérante, les utopistes ne sont pas récompensés, et Carlos n’allait pas tarder à le comprendre… Un éloge de la fraternité, avec, en toile de fond, la critique de la Colombie d’aujourd’hui, cette patrie qu’il a rejetée.
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