Entretien réalisé en partenariat avec Fluctuat.net
C'est en prison où il fut enfermé pour des raisons politiques, treize années durant, que l'Uruguayen Carlos Liscano a commencé à écrire, d'abord mentalement puisqu'il n'avait alors "ni papier ni crayon". Depuis, il a publié plusieurs romans, notamment La Route d'Ithaque, et Le Fourgon des fous. Mais la question du devenir de l'écrivain n'a jamais quitté Liscano, et fait d'ailleurs l'objet de L'écrivain et l'autre, ouvrage composé en forme de fragments.
Comment Carlos Liscano écrivain est-il né ?
Carlos Liscano : Cela faisait 8 ans que j'étais en prison, j'étais plongé dans un isolement total, très dur. Et quand on est très isolé, on sombre facilement dans le délire.
C'est dangereux pour la santé mentale. J'ai décidé, pour organiser mes pensées, d'occuper mon esprit à écrire un roman. En fait, j'imaginais ce roman car je ne pouvais pas écrire à ce moment-là.
J'écrivais mentalement un roman, ce qui aussi une forme de délire.
Peut-être même un délire plus grave encore. Mais il me semblait que c'était un délire que je pouvais contrôler. Je me levais donc tous les jours et je me mettais à penser à ce roman.
Mais je n'avançais pas du tout parce que je n'avais rien pour écrire.
Plus tard, quand je suis sorti de cette situation, quand je me suis remis, que j'ai trouvé du papier et du crayon, je me suis mis à écrire ce roman que j'avais imaginé.
J'ai passé six mois dessus. Mais je ne prétendais pas faire de la littérature. Pour moi c'était juste un exercice mental, un exercice salutaire.Carlos Liscano, L'écrivain et l'autre, Belfond, 2010.