Né en 1979 d’une mère suédoise et d’un père anglais, Tom Rob Smith vit à Londres. Diplômé de Cambridge en 2001, il a passé un an en Italie dans un atelier d’écriture. Il a ensuite travaillé comme scénariste pendant cinq ans – il a notamment passé six mois à Phnom Penh pour superviser l’écriture du premier feuilleton cambodgien. Immédiatement acclamé par la critique internationale, Enfant 44, son premier roman, a été sélectionné pour le prestigieux Man Booker Prize, traduit dans vingt-cinq langues et sera bientôt adapté au cinéma par Ridley Scott (Blade Runner, Thelma et Louise, Gladiator ou American Gangster).
Entretien
1. Comment travaillez-vous ? Avez-vous un moment favori pour écrire ?
Je commence à travailler très tôt. Je suis plutôt du matin. Le milieu de la journée est le pire moment pour moi – je vais marcher, puis je prends une longue pause déjeuner et je m’y remets vers deux heures. Je m’arrête rarement après sept heures. Cela fait de bonnes journées de travail mais je n’ai jamais trouvé ce rythme difficile.
2. Parlez-nous de l’écriture de Enfant 44 ?
J’ai commencé par écrire le synopsis d’un scénario, mais mon agent m’a convaincu qu’il serait impossible de vendre un thriller dans la Russie stalinienne écrit par un inconnu. Il m’a donc suggéré d’en faire un roman. C’était éprouvant de travailler avec la conscience que l’ouvrage serait dans tous les cas difficile à vendre. Chaque jour, j’avais peur de perdre mon temps. Mais cela m’a aussi aidé à me concentrer !
3. Quelles ont été vos influences pour Enfant 44 ?
La série télévisée 24 heures chrono m’a beaucoup influencé. Je voulais écrire un livre qui soit aussi excitant que 24 heures chrono, un livre dont on tournerait les pages aussi frénétiquement que l’on regarde les épisodes de cette série. Moi-même, après avoir acheté le coffret DVD, j’ai regardé trois ou quatre épisodes à la suite. En fait, je n’ai jamais réussi à regarder un épisode isolé. J’ai dû me forcer pour arrêter et mettre de côté le coffret pour le faire durer un jour de plus ! Bien sûr, il y a beaucoup de livres de ce genre, des livres que vous finissez en une journée, mais je me souviens très bien avoir regardé la troisième saison de 24, au moment où j’ai commencé à écrire Enfant 44.
4. Est-ce que l’un des personnages principaux est inspiré d’une figure historique réelle ?
La vie du serial killer Andreï Tchikatilo m’a donné l’idée du roman. Mais le simulacre de procédure judiciaire, les injustices et le système en lui-même m’ont plus inspiré que n’importe quelle figure historique. La Russie soviétique est un personnage à part entière du livre, un mélange très spécial de terreur et d’absurdité. J’ai essayé d’en donner l’image la plus fidèle.
5. Qu’est-ce qui vous a attiré en premier dans ce récit au cœur de la Russie stalinienne ?
L’histoire, le principe d’une enquête criminelle dans le paradis socialiste où le crime n’existe pas. À cet égard, l’histoire et le cadre sont indissociables. Mais je ne me suis pas d’abord dit que la Russie stalinienne serait un décor idéal pour mon roman, avant de me mettre en quête d’une histoire. En fait, plus j’avançais dans mes recherches, plus j’ai réalisé à quel point ce pan de l’histoire était fascinant et cela m’a vraiment permis d’avancer.
6. Parmi toutes vos recherches, quelle est l’information qui vous a le plus marqué ?
Certaines informations marquent votre esprit, et pas toujours les plus choquantes ou les plus incroyables. Je me souviens avoir lu que Staline avait ordonné un recensement de la population en 1937. Quand les résultats du recensement lui sont parvenus, établissant que la population était bien moins importante qu’il ne le souhaitait (en raison des innombrables assassinats), il a fait exécuter les recenseurs. J’en suis resté bouche bée : exécuter des hommes parce que la population n’est pas plus importante, par sa faute ! Staline a ensuite fait paraître ses propres chiffres, des chiffres gonflés qu’il aurait pu inventer d’emblée.
7. Quel était votre livre préféré, enfant ?
J’adorais Roald Dahl – j’ai dû lire tout ce qu’il a écrit. Puis il y a eu Tolkien, tous ses romans d’aventures, dans des univers différents. Je me souviens aussi avoir été accro à ce type de fantasy dont vous êtes le héros, où à la fin de chaque page, vous devez faire un choix : descendre dans tel tunnel ou monter telle échelle. On vous donnait un nombre différent de pages à tourner et des aventures différentes s’ouvraient à vous en fonction de vos choix. J’avais une quarantaine de ces livres. Vous deviez suivre des règles très strictes : jouer aux dés pour déterminer si vous aviez battu le monstre ou pas. J’avais décidé d’ignorer toutes ces règles et trichais tout le long. Je ne pouvais imaginer me faire tuer à la moitié d’un livre et devoir tout recommencer. J’aimerais bien savoir si quelqu’un l’a jamais fait. Dans tous les cas, ces livres doivent sembler complètement dépassés aujourd’hui, à côté des jeux vidéos où vous faites ce genre de décisions interactives toutes les secondes.
8. Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Sur la suite de Enfant 44 (The Secret Speech, à paraître chez Belfond en 2010).
Extrait de www.simonsays.com</p>