Né en 1963 à Allahabad, en Inde, Vikas Swarup est diplomate. Après avoir été en poste en Turquie, aux États-Unis, en Éthiopie, en Grande-Bretagne et en Afrique du Sud, il est actuellement consul général de l’Inde à Osaka, au Japon. Prix Grand Public du Salon du livre 2007, traduit dans quarante-deux langues, son premier roman, Les Fabuleuses Aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire (Belfond, 2006 ; 10/18, 2007), a connu un immense succès international, avant d’être adapté au cinéma par Danny Boyle sous le titre Slumdog millionaire et de rafler huit oscars. Son nouveau roman, Meurtre dans un jardin indien, a déjà été vendu dans vingt-quatre pays et est en cours d’adaptation.
Entretien.
1. Comment décririez-vous Meurtre dans un jardin indien ?
C’est l’histoire de six personnages très différents, tous suspectés du même meurtre. Et c’est surtout ma tentative pour capter l’essence dissonante de notre époque à travers un roman polyphonique.
2. Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?
Depuis la fin de l’écriture des Fabuleuses Aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire, j’avais envie d’expérimenter une nouvelle forme narrative et de jouer avec plusieurs voix. J’ai donc construit mon roman autour de six personnages qui révèlent leur histoire de six façons différentes. L’actrice nous raconte son histoire à travers les entrées de son journal intime. Munna et Larry Page parlent à la première personne, mais avec des voix très distinctes. Certains chapitres sont écrits à la troisième personne et un personnage n’apparaît qu’à travers des retranscriptions de conversations téléphoniques.
3. Combien de temps avez-vous mis pour écrire ce livre ?
J’avais mis deux mois à écrire Les Fabuleuses Aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire, mais il m’a fallu un an et demi pour celui-ci.
4. Avez-vous souffert du syndrome du second livre ?
J’ai plutôt souffert de mon choix de construction. Écrire sur les vies intérieures de six personnages est beaucoup plus complexe qu’imaginer le point de vue d’un seul personnage. J’ai dû à la fois travailler la technique et m’assurer que mon histoire restait cohérente dans les différentes parties prévues : Le meurtre – Les suspects – Les mobiles – Les preuves – La solution – Les aveux.
Si la rédaction de ce roman m’a appris quelque chose, c’est que je ferais peut-être mieux d’écrire un livre moins compliqué la prochaine fois, avec un seul personnage !
5. « Toutes les morts ne sont pas égales. » La première ligne de votre livre est une critique accablante de la société indienne. Pourquoi avoir choisi de traiter de ce sujet ?
Cette phrase ne s’applique-t-elle pas à la plupart des sociétés ? Partout où il y a des disparités de pouvoir et de richesse, les inégalités s’appliquent à la vie comme à la mort. J’ai choisi la mort et plus spécifiquement le meurtre parce que son anatomie se prêtait mieux à la forme polyphonique que je voulais utiliser.
6. Quelles ont été vos sources d’inspiration pour vos personnages ? Quelles recherches avez-vous dû faire ?
Je voulais créer des personnages qui représentent un vaste spectre social, mais dont les vies puissent aussi s’entremêler. J’ai dû faire de nombreuses recherches sur des sujets aussi divers que le Trouble dissociatif de l’identité, les jurons texans, la philosophie de Gita et l’idéologie d’Al Qaïda. Inutile de vous dire que les recherches les plus ardues ont concerné les personnages de l’Américain et de l’aborigène. J’ai aussi essayé de faire en sorte que mes personnages ne tombent pas dans la caricature en leur donnant des personnalités bien individualisées. On ne croise pas tous les jours une star de cinéma fan de Nietzsche par exemple !
7. Quel est le thème central de ce livre ?
Meurtre dans un jardin indien traite de multiples thèmes. C’est une critique de notre époque, de la superficialité de notre culture matérialiste et consumériste. Mais j’ai aussi voulu donner à voir les masques que nous portons tous dans notre vie de tous les jours. Le leitmotiv de ce livre, c’est la dualité et les troubles de l’identité – le bureaucrate corrompu devient possédé par l’esprit de Gandhi, le sosie de l’actrice prend sa place, Larry Page est pris pour son homologue, le fondateur de Google, le parrain de la mafia Jagannath Rai parade en petit père des pauvres, etc.
8. Qu’est-ce que vous aimez le plus dans l’écriture ?
Écrire est un exercice difficile, en particulier pour quelqu’un comme moi qui exerce un autre métier à part entière. Je suis assez d’accord avec la phrase de Dorothy Parker : « Je déteste écrire. J’adore détester écrire. » Je trouve qu’une des plus grandes joies de l’écriture est de voir les personnages qui vivaient dans votre tête prendre corps dans l’imagination de lecteurs du monde entier. Et quand les lecteurs vous disent que votre livre leur a apporté du plaisir et du réconfort, l’effort en valait la peine.
9. Votre premier livre a été un véritable phénomène international. Meurtre dans un jardin indien va être traduit dans plus de vingt pays et est en cours d’adaptation à la radio et au cinéma. Avez-vous envisagé d’abandonner votre métier pour vous consacrer à l’écriture ?
Mes éditeurs ne cessent de me poser la question, mais je refuse de faire le pari. Le succès n’est jamais acquis. Et j’ai l’impression que la sécurité d’un travail me permet d’écrire plus facilement pendant mon temps libre.
10. Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Mon prochain roman sera certainement très différent de mes précédents. Le récit sera linéaire et pourrait se dérouler en dehors d’Inde pour changer !
Découvrez également la vidéo de l'interview de l'auteur réalisée par myboox lors de sa venue à Paris :
http://www.myboox.fr/video/vikas-swarup-le-reve-indien-2703.html