D'où vous vient le besoin d'écrire des romans ? L'écriture tient-elle une place importante dans votre vie depuis l'enfance ?L’écriture procède du plaisir de la lecture. J’aime passionnément qu’on me raconte une histoire. C’est étonnant, d’ailleurs, un besoin si primaire. On peut vivre sans jamais voir un autre pays que le sien. On peut vivre seul. On peut vivre sans savoir lire ni écrire. On peut vivre sans ne jamais faire l’amour. On peut même vivre sans jamais voir la mer. Mais on ne peut pas vivre sans histoires. Si vous y ajoutez le plaisir de la lecture, celui du signe qui mène à l’image, l’addiction est à craindre. Quant à se mettre à écrire soi-même… C’est probablement pour rencontrer des personnages, partager avec eux une intimité que la vie ne permettrait pas.
Le Baiser dans la nuque de même que La Délégation norvégienne se passent dans des milieux où les gestes, les paroles et les relations sont très codifiés. Est-ce important pour vous de coller au plus près de l'univers que vous décrivez ? Et ainsi, faites-vous beaucoup de recherches avant de vous lancer dans l'écriture d'un roman? Pour chacun de ces romans, j’ai enquêté un an avant de commencer à écrire. Personnellement, je trouve qu’un texte ne devient poétique que lorsqu’il est précis. J’ai besoin de savoir comment parlent les gens, ce qu’ils font avec leurs mains. Et puis l’imagination a besoin d’un tarmac pour prendre son envol. Le tarmac, c’est dur, c’est concret. En préparant mon dernier roman, La Délégation norvégienne, j’ai appris que par grands froids, certains chasseurs tiraient un coup de fusil pour se réchauffer les mains. Comment aurais-je pu inventer une chose pareille ? Par contre, je peux imaginer ce que va devenir la balle.
Vous avez fait l'école Louis Lumière, vous êtes réalisateur. Pensez-vous que l'écriture est importante au cinéma ?
Il y a toujours un texte derrière un film. Hélas, le scénario est un genre sec, aride. C’est très pénible à lire. Le style y est presque interdit, c’est un document de travail, factuel. Si je caricature, il n’y a que deux verbes autorisés : le verbe « voir » et le verbe « entendre », parce que le cinéma est audio-visuel. Un seul temps permis : le présent de l’indicatif, parce que l’écran est assertif. Même dans un flash-back, ce que vous voyez se déroule au présent, votre présent de spectateur. Pourtant, le scénariste de Kieslowski conseillait d’écrire d’abord une version littéraire de son scénario. Partir d’un texte littéraire, de sentiments, d’émotions et de pensées inadaptables, c’est la garantie que ces ambiguïtés se retrouveront dans le film à l’arrivée. Ce ne sera pas forcément immédiatement perceptible, mais cela finira par se ressentir comme une intention sous-jacente, une deuxième peau.
Enfin, avez-vous choisi quel serait l’univers de votre prochain roman ?
Oui. Mais c’est encore un secret.