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Interview de Bessora, à propos de Cyr@no - Parution le 1er septembre 2011
Bessora, pourquoi avoir choisi une pièce de théâtre pour initier votre roman ? Quelle est la place du théâtre dans votre livre ?

J’ai un sérieux faible pour le théâtre en général, et pour Cyrano de Bergerac en particulier. Pourtant, c’est une pièce que je trouve trop bavarde, malgré son habileté. Mais le côté tête à claques de Cyrano me touche.
Le théâtre est une belle métaphore de la vie. Il rend bien la comédie des sentiments, une comédie amplifiée dans le monde virtuel : comme le théâtre, Internet nous permet d’endosser plusieurs rôles, d’être plusieurs personnes à la fois. Le résultat n’est pas toujours très heureux… mais ce sont des occasions de création.


Justement, parlez-nous de la figure de Cyrano en tant que conseiller imaginaire (femme, homme, ami(e), meilleur(e) ennemi(e)…) et de Cyr@no avatar sur le Net dans votre livre. Pourquoi ces deux voix ?
 
Roxane est une comédienne en galère, qui a eu besoin très tôt d’une présence amie. Elle n’a pas su se la trouver dans la vie, alors elle s’en est créé une dans l’imaginaire, comme le font les enfants : son ami(e) imaginaire est tout droit sorti(e) du XVIIe siècle. C’est Cyrano, qui la conseille, l’aime et la châtie, depuis sa prime enfance. Cyrano, qui est à la fois fille et garçon selon ce que Roxane en attend, l’accompagne encore à l’âge adulte. Car, à la différence des autres enfants, qui, un jour, renoncent à leur ami imaginaire, Roxane n’a jamais répudié le sien.
Lorsqu’elle tombe amoureuse de Christian, qui la rejette, sa timidité la pousse à s’inventer une troisième incarnation, toujours avec l’appui de Cyrano. Ce nouveau dédoublement se fait sur Internet, où, avec le conseil de Cyrano, Roxane invente Cyr@no. Grâce à cet avatar féminin, elle espère regagner le cœur de Christian sur un site de rencontre.


Quel message Cyrano de Bergerac et Cyr@no ont-ils en commun ? Peut-on parler de réinterprétation ?

Chez Rostand, Cyrano de Bergerac utilise Christian pour séduire Roxane. Il aime par procuration. Christian est une espèce d’avatar.
Aujourd’hui, Cyrano n’aurait pas besoin d’un homme de chair et de sang pour incarner cet amour, mais il pourrait créer un double virtuel, sur un site de rencontre. Ce double virtuel serait Cyr@no. Et Cyrano de Bergerac serait une femme, pas tout à fait blanche. Dans mon roman, cette femme, c’est Roxane, qui de par son prénom est hantée par la figure de Cyrano de Bergerac. Comme lui, elle est affligée de tares qui la complexent, et ne peut afficher son amour pour… Christian.
L’intrigue « Cyrano utilise Christian pour séduire Roxane » devient « Roxane invente Cyr@no pour séduire Christian ».
 
Au niveau du style, vous avez mêlé les langues du XVIIe siècle et d’aujourd’hui. Pourquoi ?
 
J’ai le souci de faire vivre mes personnages. Il faut donc leur donner de l’épaisseur, et cela passe aussi par la langue.
Je travaille souvent sur des personnages éloignés, voire contradictoires : ils appartiennent à des milieux différents et ont des visions du monde qui peuvent s’opposer. Dans Cyr@no, un écart dans le temps vient s’ajouter à tout ça. Et il n’y a pas une narration extérieure, mais le récit, direct, des personnages. Celui de Christian est très oral. Celui de Roxane est plus écrit, mais dans la dérision. Et, à travers Roxane, le discours de son amie Cyrano est très classique, et précieux, même s’il est osé… Quant à la langue de l’avatar Cyr@no, elle est très… tchat et hot.
 
Depuis vos débuts, vous témoignez à l’égard des étiquettes et des raccourcis d’une certaine défiance. Qu’apporte ce Cyr@no à votre travail d’écrivain ?
 
Mes romans n’ont pas un fil conducteur évident, même s’ils partagent, peut-être, un certain ton. Je conçois l’écriture un peu comme la peinture. Picasso, Van Dongen, Cranach ou… Pierre Cornuel changent, évoluent. Un artiste qui n’évoluerait pas serait un produit formaté pour être consommé comme un yaourt. Standardisé. Je ne sais pas à quel point je suis un yaourt, mais en tout cas, comme un peintre, j’ai mes périodes… En ce moment... je me sens assez période mauve... jusqu’à la prochaine métamorphose.

L’auteur a bénéficié, pour la rédaction de Cyr@no, du soutien du Centre national du livre.


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