Fierté d'accueillir un romancier aguerri et espoir que Nord absolu séduise les lecteurs parmi les quelques 600 romans de la saison...
Le roman de Fabrice Lardreau est une invitation au voyage, comme son titre le laisse présager. Un voyage littéraire autant que géographique qui mènera qui veut suivre son narrateur, au cœur d’une étrange cité mais aussi là où se trouve ce que l’humain recèle de plus noir et honteux : la lâcheté.
Nord absolu c’est aussi un roman sur le postcolonialisme, l’hyperterrorisme, la montée de la xénophobie… Bienvenue en République du Nord.
Rencontre avec ce romancier déjà auteur de six livres.
- Quelle place occupe l’écriture dans votre vie ?
L’écriture est pour moi un prolongement « naturel » de la lecture, à laquelle je suis venu tardivement, vers dix-huit ans. Cette activité est aujourd’hui centrale dans ma vie, déterminante. Même quand je ne suis pas devant mon ordinateur, la fiction romanesque occupe mon esprit : j’ai besoin d’avancer, d’une manière ou d’une autre, même à petits pas, sur le projet en cours. Mes promenades, mes trajets en métro ou en train nourrissent et prolongent mes écrits. Je me sens inutile quand je n’écris pas, et le pire de mes cauchemars serait de ne plus avoir d’idées ou d’énergie pour écrire...
- Nord absolu est publié pour la rentrée littéraire. Que vous inspire ce rendez-vous annuel ?
La « rentrée littéraire » française fait toujours couler beaucoup d’encre ; elle est parfois l’objet de vives critiques, de suspicion. Malgré ses limites, elle place le livre sous les feux de l’actualité dans un monde dominé par l’image. Publier à la « rentrée », au milieu de 600 autres livres, est une aventure qui, comme telle, comporte des risques, génère des injustices, et j’espère aussi, réserve de bonnes surprises…
- On peut dire de Nord absolu qu’il s’agit d’une fable politique. L’engagement au sens large est-il inhérent au travail d’écrivain ?Je suis toujours un peu méfiant à l’égard des écrivains « engagés », car j’ai l’impression que le militant prend le pas sur l’artiste, que le texte devient une démonstration – académique dans sa forme et manichéenne dans son contenu. Le roman est pour moi un espace de liberté où l’on ne juge pas. L’engagement littéraire, comme l’a très bien formulé Carlos Fuentes, doit s’effectuer avec les armes dont dispose l’écrivain : la langue et l’imagination. En ce sens, un livre engagé ne sera réussi que si l’auteur a trouvé une forme littéraire originale épousant l’objet de son récit.
- Vous êtes romancier mais aussi critique littéraire. Comment ces deux activités cohabitent-elles ?Ces deux activités sont pour moi intimement liées ; critique et création romanesque sont les deux facettes d’une même pièce : la lecture. Je n’ai pas suivi d’études de lettres ou de journalisme. C’est avant tout l’écriture romanesque qui m’a amené à exercer cette activité critique, d’abord au sein de la revue l’Atelier du roman, puis, plus tard, à Transfuge. Comme tout artisan, le romancier a besoin d’agir mais aussi de réfléchir sur son outil de travail pour l’affiner. Etudier les textes des autres auteurs, classiques ou contemporains, ouvre des horizons, permet d’améliorer son propre travail.
- Vous aimez la montagne et travaillez d’ailleurs pour le magazine Montagne et alpinisme. Cet univers pourrait-il être le décor d’un roman futur ?Quelques chaines montagneuses apparaissent au loin, dans Nord absolu… Pour autant, la montagne n’a jamais été centrale dans mes livres. Je n’ai pour l’heure aucun projet en ce sens, mais je sais combien la pratique de la montagne, finalement, a compté dans ma passion pour la littérature. La marche entretient beaucoup de points commun avec le roman : ce sont des activités solitaires, silencieuses, qui s’effectuent sur le long terme et demandent un certaine volonté – parfois mise à rude épreuve.
- Enfin, une question plus personnelle : A quel livre en particulier devez-vous votre vocation d’écrivain ? Mon premier souvenir de lecture est Soleil vert, de Harry Harrison. Ce livre d’anticipation écologique paru en 1966 a sans doute beaucoup compté dans mon goût pour la science-fiction et, de manière plus générale, dans mon attirance pour l’imaginaire. Pour autant, mes lectures sont très diverses et évolutives… Ulysse, de James Joyce, que j’ai découvert il y a dix ans, a été un choc pour moi, un vrai déclic. Il m’a ouvert des portes, montré une multitude de possibilités littéraires. Ce texte combine innovation et filiation, liberté et rigueur : sa construction époustouflante, minutieuse, rappelle combien littérature et architecture sont parfois proches…
Bibliographie de Fabrice Lardreau :
Contretemps, Flammarion, 2004
Quelqu'un marche là-haut, Albin Michel, 2000
Les tirages flous ne sont pas facturés, Denoël, 1998
Une fuite ordinaire, Denoël, 1998
Les draps de papier, Denoël, 1994
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