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Rencontre avec Hugo Boris, à l'occasion de la sortie de son troisième roman : Je n'ai pas dansé depuis longtemps. |
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Je n’ai pas dansé depuis longtemps est tout à fait original dans le paysage romanesque de ces dernières années. La sphère littéraire s’empare du cosmos… Parlez-nous de l’origine de votre projet littéraire.
Alors que les cosmonautes ne vivent, ne s’entraînent et ne respirent que pour voler, leur regard et leurs pensées s’inversent radicalement une fois en apesanteur. Cela m’a toujours frappé. Une fois là-haut, ils n’ont plus d’yeux que pour la Terre. Ils sont obsédés par elle, vivent la séparation quasiment sur le mode d’un manque amoureux. On sait aujourd’hui que les limites de l’exploration spatiale ne sont pas techniques mais psychologiques. Quelque part, cela me touche.
Il y a toujours quelque chose de fantasmatique quand on évoque l’espace. Dans l’imaginaire collectif c’est un monde mystérieux et assez secret. Pourtant, votre roman nous fait entrer dans l’intimité d’un homme, un homme ordinaire qui côtoie l’extraordinaire… Un anti-héros, en somme ?
Comme beaucoup de cosmonautes soviétiques, Ivan est un ouvrier de l’espace. Très qualifié, certes, mais traité sans ménagement. Il est marié, il a deux enfants, il ne roule pas sur l’or… Il s’entraînait comme un chien depuis des années, sans savoir s’il aurait un jour la chance de voler. Une fois là-haut, il est confronté à des dangers et à un milieu naturel d’une hostilité telle qu’il est obligé de se révéler.
Pour préparer ce roman vous avez fait un voyage à Baïkonour, rencontré de nombreux cosmonautes. Pouvez-vous raconter toute la poésie, la sensualité qui se dégage de cet univers au premier abord si technique ?
Ce séjour au Kazakhstan m’a marqué à jamais. J’ai pu assister au lancement d’un vol habité. Les bras de maintien qui s’écartent comme les pétales d’une fleur. La fusée n’est plus tenue que par la taille. Un nuage enflammé, le sol tremble légèrement. La fusée s’élève dans un grondement sourd. Un instant, elle semble en lévitation. La scène est très lente et très rapide à la fois. Tout le monde voit bien que la Terre résiste, qu’elle ne veut pas. Et puis la fusée monte de plus en plus vite, puissante, décidée. Neuf minutes plus tard, l’équipage est en apesanteur. Au fil de mon enquête, j’ai gagné la confiance de plusieurs cosmonautes, qui m’ont révélé ce qui ne se dit jamais : pourquoi ils emportent des armes dans le cosmos, comment faire l’amour en apesanteur, embarquer de l’alcool en cachette, fumer une cigarette sans être pris…
On parle de coloniser la Lune dans les décennies à venir… Pensez-vous que l’Homme pourrait, à terme, quitter sa planète ? C’est-à-dire, serait-il capable d’oublier que c’est irrémédiablement de la Terre qu’il est issu ?
Je ne pense pas que l’Humanité quittera la Terre. Les dimensions de l’univers sont trop écrasantes, les planètes sœurs trop lointaines. Ce que les missions Apollo ont rapporté de plus précieux, ce sont des photos de la Terre depuis la Lune. Au premier plan, on peut voir la surface stérile et acnéique de notre satellite, et au loin, la sphère bleue de la Terre. Son fini est bouleversant.
Ivan vivait aussi avec cette conviction que le destin de l’Humanité est de coloniser d’autres planètes. Orbite après orbite, il comprend qu’il s’est trompé. Il regardait le monde avec une sorte d’habitude voisine de l’inattention. Maintenant, il ne le lâche plus des yeux. L’arrivée d’un vaisseau ravitailleur, tous les deux mois, est un événement d’une sensualité rare. En ouvrant l’écoutille, il reconnaît, un court instant, l’odeur oubliée de la Terre. |
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