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Interview d’Isabelle Pestre à propos de La Onzième Heure – Parution le 1er septembre 2011 – Premier roman |
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Isabelle Pestre, pourquoi vous être attachée au récit d’une enfance effacée pour votre premier roman ?
L’enfance est à la fois un temps de liberté et de fragilité. La petite héroïne de mon roman vit cet antagonisme avec d’autant plus d’acuité qu’elle a du mal à trouver sa place. Elle est dans cette situation paradoxale de ceux qui doivent exister le moins possible pour être aimés, un peu. Or il arrive que, dans cet effacement de soi, elle trouve un étrange bonheur : celui de l’imagination et de la contemplation. En vivant les yeux baissés, elle se fait miroir, réfléchissant ce qui l’environne. Cet effacement est celui que je rencontre dans l’état d’écriture, c’est pourquoi il m’intéressait, et que cette histoire en est le reflet.
Pouvez-vous nous rappeler en quoi consiste la parabole de la onzième heure ? Qu’en avez-vous gardé ?
La parabole des ouvriers de la onzième heure est transmise par Matthieu ; c’est la dernière des paraboles avant que Jésus ne rentre à Jérusalem pour y être condamné et exécuté. Elle raconte comment un maître de maison, dès le matin, embauche des ouvriers pour une journée de travail dans sa vigne. Au cours de la journée, à trois reprises, il offre du travail et un « juste salaire » aux hommes qui attendent. Et, à la onzième heure, l’avant-dernière heure, donc, il sort à nouveau, questionne ceux qui sont là et leur propose d’entrer dans la vigne pour y travailler à leur tour. Au soir, le maître ordonne à son intendant de payer tous les ouvriers, en commençant par les derniers. À chacun est donné, même aux ouvriers de la onzième heure, le salaire d’une journée complète. « Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers derniers. »
Dans mon livre, je m’arrête en deçà : la vie de Lisbeth pourrait correspondre à l’attente de ces ouvriers au chômage, à ce vide qu’ils traversent, aux questions qu’ils se posent et que chacun, me semble-t-il, peut se poser. Qu’attendons-nous, sinon un événement qui nous permette d’exister et de nous révéler ce que mystérieusement nous sommes ?
Comment êtes-vous venue à l’écriture et comment avez-vous abordé ce premier roman ?
Bizarrement, je n’ai pas l’impression d’être « venue à l’écriture ». Il est ridicule de dire cela à mon âge, mais j’ai toujours voulu écrire. D’une certaine façon, j’ai toujours écrit. Je ne me l’autorisais pas ouvertement pour différentes raisons, mais c’était là. J’ai eu le privilège de rencontrer un vieil écrivain qui a su le voir et me donner confiance.
Qu’y a-t-il de vous dans La Onzième heure ?
Enfant, j’ai passé un certain nombre d’étés en Charente-Maritime. Sinon, outre un goût déraisonnable pour les abricots cuits, je partage avec Lisbeth une manière de voir les choses en moments suspendus, en instants de grâce.
De quelle manière écrivez-vous ? Qu’est-ce qui, chez vous, prime l’écriture ?
Certainement le désir de raconter une histoire avec des images. J’imagine, je vois quelque chose – une scène, un personnage –, et je cherche à le transcrire avec le plus de justesse et de musique possible. Le miracle de l’écriture consiste à mettre en lumière ce qui est beau, à fixer ce qui s’en va.
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