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Interview de Jérôme Harlay, à propos de Smog – Parution le 1er septembre 2011 |
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Jérôme Harlay, le bateau-maison est un personnage à part entière dans Smog. Que représente-t-il pour vous ?
Le symbole d’un tiraillement commun à la plupart des gens, partagés entre l’envie de se fixer, de posséder une terre (la maison) et celle de s’en libérer, de prendre le large (le bateau). Sentiment que l’instabilité de l’époque exacerbe. Échoué au beau milieu d’un massif calcaire, ce navire qui domine la mer mais ne la traversera jamais s’accorde à l’errance des personnages du livre, à leur difficulté d’agir, de faire des choix, d’avoir une vision claire de l’avenir.
Vous êtes vous-même père de deux enfants. Cela a-t-il influencé l’écriture de ce roman axé sur les relations parents-enfants ?
Cela va de soi... vient de soi. Le matériau sensible d’un roman, son encre invisible, provient toujours d’expériences vécues en famille (dans toute son étendue) et au-delà, chez des amis, en collectivité, au hasard des rues. Ce que le romancier en fait est une tout autre affaire… Smog ne reflète vraiment pas les relations que j’entretiens avec mes deux garçons !
Marseille est esquissée dans votre livre. Pourquoi ?
J’ai volontairement placé Marseille à l’arrière-plan du récit, espace lointain, brouillé, presque flou, à l’image de ce que la ville où je suis né m’inspire depuis quelques années. Aujourd’hui, les navires de croisière remplacent les cargos, les trottoirs larges et les tours de verre fleurissent, le paysage s’internationalise. La volonté de sacrifier au tourisme gomme, comme partout, les aspérités d’origine au lieu de s’en inspirer.
Votre premier livre, Le Sel de la guerre, était un polar historique. Pourquoi vous être orienté vers une écriture plus littéraire ? Quels liens y a-t-il entre les deux, si liens il y a.
Par désir de rupture. Le polar est un genre fascinant, mais reste une littérature de genre, quelle que soit sa richesse et sa vitalité. Il exige de respecter certains codes auxquels je n’avais pas envie de me plier lorsque la trame de ce livre m’est apparue. Pour autant, l’ambiance de Smog reste noire et je n’ai pas du tout écarté l’idée d’écrire d’autres polars.
Pourquoi avoir opté pour une construction polyphonique ?
Ce choix s’est fait naturellement. Une famille est par essence polyphonique, que les voix concordent ou discordent. Tenter de rendre à chacun la sienne est un exercice difficile que j’avais envie d’affronter. Peut-être par souci d’équité envers mes personnages. Peut-être par volonté de maintenir avec eux une relation intime. Si je m’étais mis dans la peau d’un narrateur omniscient, je serais resté à la porte, comme un étranger.
Du côté des adultes, la peur. Du côté des enfants, la colère. Chez tous, une extrême tension. Pourquoi avoir choisi d’explorer des tels sentiments de peur et d’insécurité ?
Sans doute faut-il voir là une influence de l’époque qui ne ménage personne, ni les enfants ni leurs parents. L’insécurité croît, que nous le voulions ou non. Principalement par manque de perspective. Elle procure aux parents un profond sentiment de défaite, engendre une peur contre laquelle leurs enfants n’ont d’autre alternative que de se révolter. C’est une réaction naturelle et, à mon sens, très saine. Les enfants (en particulier les adolescents) ne bousculent jamais par plaisir, mais par nécessité. Cela arrive quand ils sont contraints d’assumer des situations qui les dépassent, quand l’encadrement familial flotte ou s’effondre. Quand la figure traditionnelle se décompose d’elle-même. Smog explore ce cas de figure.
Voir Smog
Voir Le Sel de la guerre et les articles de presse |
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