- Nadine Monfils, vous êtes un auteur de polar reconnu maintenant, pourtant votre univers littéraire est très particulier. Avec Tequila frappée, votre dernier roman, on n’est pas seulement dans le monde du roman policier. L’enquête n’est pas le seul intérêt du livre…
Heureusement ! Il est vrai que mon univers est teinté de surréalisme, d’humour noir et d’une touche de poésie. Je suis belge et mes personnages semblent parfois sortir de l’émission Strip-tease. J’ai toujours aimé les gueules, les gens qui ne marchent pas dans le rang et suivent leur propre chemin, en dépit de ce qu’on peut leur dire. Ceux qui font tout pour réaliser leurs rêves, aussi fous soient-ils.Téquila frappée se passe à Pandore, en hommage à Magritte. Ça commence comme si on était dans une carte postale : il pleut des pétales de roses…Une femme arrive au volant de sa Studebaker dans son quartier chic. Son voisin, occupé à tondre sa pelouse, lui propose de l’aider à rentrer ses commissions. Et au moment où il met la main sur la poignée de la porte, la maison explose, transformant les pétales de roses en lambeaux de chair humaine. Dans un arbre, on retrouve une main qui n’appartient ni au voisin, ni au mari, qui était à l’intérieur…
- Téquila est l’un des personnages de votre dernier livre et il se trouve que c’est un chien… Mais un chien vraiment très drôle ! Pourquoi avoir choisi de mettre en scène un animal ?
Parce que je vis avec des chiens et que je les adore. Pour moi, l’animal est indispensable à mon équilibre. Je ne pourrais pas m’en passer. Emile, mon chien de 14 ans est un tibétain, zen, homosexuel et fétichiste (il raffole des bottines !) et a été le héros d’un de mes polars à la Série Noire : Monsieur Emile. Quant à Cannelle, ma petite Yorkshire à qui je dédie ce livre, elle applaudit…C’est venu tout seul. Je n’aime pas les chiens de cirque, mais mes deux clébards sont très comiques et me rappellent chaque fois que la vie est belle. Ils me recentrent sur l’essentiel : l’Amour et l’humour.J’avais envie de briser la solitude de mon flic en lui donnant un chien. Mais pas n’importe lequel : un qui pue de la gueule et qui sourit quand il picole. On peut avoir de la compassion pour ses personnages, non ?
- Parlez-nous de votre passion pour le cinéma.
Pour moi, le cinéma reste la chose la plus magique qui soit. Quand le rideau rouge s’écarte, j’ai cinq ans. Comme je vois plein d’images quand j’écris, j’ai l’impression d’être au ciné et j’adore ça. J’ai écrit et réalisé un film : Madame Edouard (avec Michel Blanc, Didier Bourdon, Balasko, Lavanant, Annie Cordy, Rufus, Andréa Ferreol, Bouli Lanners…et une musique original de Bénabar). Et j’ai tellement aimé ça que je me suis dit que si le paradis n’existait pas là-haut, je l’aurais au moins connu sur terre. J’aime les réalisateurs qui ont un univers, comme mon ami Jean-Pierre Jeunet (qui a préfacé Babylone Dream, (thriller qui a reçu le prix Polar de Cognac en 2007). Lynch – mon flic porte d’ailleurs son nom – Fellini, Hitchcock, Almodovar…et j’ai la chance d’habiter Montmartre où il existe encore un des derniers fabuleux cinémas de quartier : Le studio 28, décoré par Cocteau, où son propriétaire, Alain Roulleau, nous fait découvrir des bijoux.
Je viens de monter ma boîte de production ciné « Les productions du Chapeau Boule » en Belgique – où je vis en partie – pour monter mon projet tiré de Nickel Blues (Belfond, 2008) avec Emilie Dequenne entre autres et une musique d’Arno.
- La Belgique est très présente dans certains de vos romans. Dites-nous en quoi votre pays vous inspire autant.
J’adore Montmartre qui, malgré l’invasion des bobos, garde encore un côté village dans la partie où je suis. Mais je ne pourrais pas me passer de la Belgique. Mon pays, je le porte dans mon cœur. Je me suis toujours sentie très belge. J’aime les gens chez nous, leur accent, leur gouaille... Ils sont gentils et ont beaucoup d’humour. Le sens de la dérision. Sont pas speedés comme les parisiens ! Chez nous, on n’est jamais « surbookés », pourtant on bosse autant. Mais pas avec le même esprit. C’est plus « bon enfant ». Dieu merci on prend encore le temps de se soucier des autres. On a un côté très nature et très simple aussi. Puis je suis dingue des peintres de mon pays comme Léon Spilliaert, Magritte, Khnopff…fan absolue de Brel et d’Arno. Avec, en France, un coup de cœur pour Benabar, mon Bruno qui n’a pas changé depuis son immense succès. J’aime Liège et ses rues hantées par le fantôme de Simenon, la mer du nord quand on tourne le dos aux affreux buildings…ses cuistax, ses babeluttes et ses fleurs en papier crépon. Les croquettes de crevettes, la Blanche de Hoegaerden et la gueuze. Et Bruges, notre Venise du nord, avec ses pierres en dentelles. Mais mon quartier préféré restera toujours les Marolles, place du Jeu de Balle (marché aux puces) où on trouve encore quelques lambeaux d’âme de Bruxelles.
- Avez-vous un nouveau projet de roman ? Acceptez-vous de nous en dire quelques mots ?
Oui, j’ai envie de développer le personnage de Ben le clochard qui apparaît déjà dans Babylone Dream et que l’on retrouve dans Téquila frappée. Il est amnésique et a des flashs, c’est ainsi qu’il aide Nicki, la profileuse, à trouver certaines pistes. Il porte toujours un vieux manteau de capitaine. Dans la doublure, il a senti qu’il y avait des papiers. Il a peur que ces documents ne l’éclairent sur son passé. Jusqu’au jour où il décide d’en savoir plus. Et là, il va pénétrer dans un cauchemar. Mais toujours peuplé de pétales de roses, parfumé d’humour noir ! |