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Vous avez choisi de publier des premiers romans, comme le Le Crocodile rouillé paru en août 2007. Un autre est prévu en février 2008. Comment travaillez-vous ?
Nous recevons près de 3 000 manuscrits par an. Chacun des textes est enregistré, répertorié, classé, ce qui représente une gestion en interne très lourde. La personne en charge du service élimine d’emblée les manuscrits dont le genre littéraire ne correspond pas à notre ligne éditoriale. Puis, par une lecture rapide des manuscrits qui ont passé cette première étape de tri, elle peut déceler si ceux-ci comportent un style, une voix, un univers d’écriture. Si tel est le cas, elle les confie à un ou plusieurs lecteurs de notre comité, qui lisent et rédigent des fiches de lecture avec des critères très précis. S’ensuit toujours une discussion autour des textes dont les retours sont très positifs. C’est à partir de là que j’interviens et que je lis les manuscrits. En général, on reconnaît très vite le potentiel d’un auteur, et la décision de publier est alors rapide. Nous avons publié trois ouvrages en 2007, qui sont arrivés comme cela, par la poste. Une proportion tout de même assez exceptionnelle par rapport à notre programme annuel, qui compte 18 titres. La majorité des livres publiés proviennent d’autres réseaux – relationnel, directeurs de collections, etc. Et il y a aussi les auteurs « maison », que nous nous attachons à suivre et qui publient régulièrement. Vous savez, chaque livre à une histoire : il y a la magie des rencontres, des découvertes, des réseaux. Mais nous regardons avec la plus grande attention tous les manuscrits qui arrivent par la poste. Ne serait-ce pour ne pas manquer un grand auteur en devenir !
Comment pourriez-vous expliquer l’enthousiasme, pour ne pas dire l’engouement que peut susciter un manuscrit, quelque soit le genre auquel il appartient ?
Il y a forcément plusieurs facteurs qui rentrent ligne de compte, comme je l’ai déjà expliqué. Par exemple, pour Diedouchka, j’ai été fascinée par le destin du grand-père de l’auteur, Paule Coudert. On découvre ainsi que ce grand-père était un idéaliste, un homme de conviction d’une grande honnêteté intellectuelle. Issu d’une famille aisée, étudiant à Saint-Pétersbourg en 1905, révolutionnaire opposé au tsar emprisonné dans la forteresse Pierre et Paul, il sera l’un des rares prisonniers à s’évader avant de vivre l’exil en France, où il fondera une famille. Homme épris de liberté et nostalgique de sa terre natale, il rejoindra la Russie dans l’espoir d’y faire venir un jour les siens, mais disparaîtra dans un goulag stalinien. Paule Coudert a découvert par hasard l’existence de cet homme qu’elle n’a jamais connu, elle est partie sur ses traces en remontant le temps et l’histoire. Au fil de sa quête, elle a tenu un journal que j’ai eu l’occasion de lire. Outre le destin extraordinaire de cet homme, la quête de l’auteur m’a émue, et je l’ai convaincue qu’il fallait publier son histoire. Ce fut une belle aventure éditoriale.
Justement, ce roman est un témoignage. Ce n’est pas forcément ce qu’il y a de plus facile à publier. Beaucoup de gens écrivent leur vie et les Français, parait-il, sont nombreux à tenir des cahiers ou des journaux intimes. Comment faites-vous pour apprécier la qualité de ces textes ?
Question délicate. Nous recevons beaucoup de témoignages, des histoires souvent douloureuses – sur le deuil, la maladie, la misère. Si l’auteur ne réussit pas à sortir de la sphère privée, évidemment, nous ne publierons pas son histoire. Mon métier d’éditeur m’oblige nécessairement à cette exigence. Diedouchka, par exemple, est un récit de famille écrit par une personne inconnue du public, mais les thèmes abordés ont une dimension universelle, la petite histoire dans la grande Histoire en quelque sorte, et c’est ce qui a motivé ma décision d’éditer ce texte. Cela dit, si l’écriture s’avère salvatrice quand il y a souffrance, alors oui, ne vous privez pas, écrivez ! Quant à espérer se faire éditer, je ne suis pas sûre qu’il s’agisse d’une finalité en soi. |
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