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James Cañón, la révélation littéraire sud-américaine. Prix du Premier Roman étranger 2008 |
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Texte : Véronique Cardi l Photo : James Cañón © Jerry Bauer |
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Déjà lauréat du Prix des Lecteurs de la ville de Vincennes à l’occasion du festival America, James Cañón a remporté le Prix du Premier Roman étranger 2008 avec Dans la ville des veuves intrépides, son livre baroque, foisonnant, éblouissant de fantaisie. La chronique tragico-burlesque d’une bourgade perdue au fin fond de la Colombie et les aventures hilarantes d’amazones rescapées de la guerre civile. Portrait du fils spirituel de García Márquez.
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James Cañón est né et a grandi en Colombie. Après des études universitaires à Bogotá, il s’installe à New York pour apprendre l’anglais. Tout en prenant des cours à la New York University, il commence à écrire. Diplômé de l’université Columbia, il a reçu en 2001 le Henfield Prize for Excellence in Fiction, et ses nouvelles ont été publiées dans de nombreuses revues littéraires. James Cañón vit à New York, et travaille actuellement à son deuxième roman. Dans la ville des veuves intrépides a reçu le Prix des Lecteurs de la ville de Vincennes à l'occasion du festival America 2008, ainsi que le Prix du Premier Roman étranger 2008.
Découvrez les secrets de l’écriture de ce roman brillant à travers un témoignage de l’auteur.
« J’ai passé les cinq dernières années de ma vie sur ce roman. J’en ai eu l’idée après avoir lu un article dans un journal colombien qui évoquait deux villages de montagne dont la majorité des hommes avaient été emmenée par les guérilleros communistes. Selon l’article, c’était une pratique commune des guérilleros que de forcer les paysans et les Indiens à se battre pour leur cause. L’article parlait exclusivement des hommes, mais la question qui m’intriguait vraiment était : qu’est-il advenu des femmes abandonnées ? Quasi-veuves, elles avaient dû se débrouiller seules pour la première fois de leur vie. Les femmes colombiennes sont d’une force et d’une résistance incroyables [elles ont dû l’être pour supporter quatre décennies de guerre civile], donc je savais qu’elles pouvaient survivre sans les hommes. Ce que je me demandais, c’était comment elles avaient fait, et comment ce processus les avait transformées en tant qu’individus et en tant que société.
J’ai imaginé un village que j’ai appelé Mariquita [d’après le nom d’une ville existante près de l’endroit où j’ai grandi]. Après avoir esquissé un plan du village, j’ai commencé à écrire les personnages féminins en me fondant essentiellement sur les membres de ma propre famille. Au lycée, j’ai écrit une première nouvelle sur Mariquita intitulée L’autre veuve. Ces femmes n’ont pas quitté mon esprit, j’ai donc commencé à faire la chronique de leur transformation, depuis leur vie de femmes au foyer et de mères – les seuls rôles que la société colombienne traditionnelle leur reconnaît – à celle de chefs et décideurs, dont la confiance en soi grandit au fur et à mesure qu’elles prennent en charge des rôles réservés auparavant aux hommes.
Plus j’écrivais, plus je sentais la nécessité d’explorer d’autres thèmes étroitement liés au conflit colombien et de contrebalancer les progrès des femmes par les expériences concomitantes de leurs hommes disparus. C’est ainsi que la deuxième trame du livre a vu le jour. Les chroniques proposent des aperçus brefs et brutaux sur les épreuves traversées par les garçons et les hommes en pleine guerre civile, des guérilleros de gauche aux paramilitaires de droite et aux membres de l’armée nationale officielle en passant par les civils pris entre toutes ces forces.
J’ai rencontré de nombreux obstacles en écrivant ce roman, dont le manque d’informations et de ressources, mais la barrière de la langue a été le défi le plus dur à relever. À l’origine, j’avais conçu l’idée de ce roman en espagnol [ma langue maternelle] ; j’avais même écrit quelques pages en espagnol, mais cela ne fonctionnait pas. Je ne sais pas comment l’expliquer : j’écrivais une histoire sur la Colombie qui se passait en Colombie, et pourtant il ne me semblait pas “naturel” de l’écrire en espagnol.
J’ai ensuite écrit quelques pages en anglais, et malgré mes horribles fautes de grammaire, j’en ai été satisfait. L’anglais me donnait d’une certaine façon une perspective non conventionnelle sur le conflit colombien. Il me permettait d’avoir une certaine distance par rapport à tout patriotisme ou sentimentalisme et me rendait par conséquent plus impartial pour transmettre mon point de vue dans ce que j’écrivais. J’ai toutefois continué à penser beaucoup en espagnol, et me suis retrouvé plus d’une fois à traduire mes idées de l’espagnol en anglais avant de les coucher sur le papier. En réalité, j’ai écrit tout le roman avec l’aide d’un dictionnaire anglo-espagnol et d’un ami écrivain qui m’a servi d’éditeur officieux.
Aujourd’hui je peux affirmer que j’ai “vraiment” appris l’anglais en écrivant ce roman. »
Entretien. Jeu de questions-réponses avec l'auteur de Dans la ville des veuves intrépides
Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire et quand avez-vous commencé à écrire ?
J’ai commencé à écrire à l’adolescence pour le journal de mon lycée. J’écrivais surtout des poèmes, et quelques nouvelles. À l’époque, on ne m’a pas vraiment encouragé à écrire, j’ai donc arrêté. J’ai recommencé à écrire à 28 ans, mais cette fois-ci en anglais, et pour en faire mon métier.
Quels écrivains vous ont le plus influencé ?
Willa Cather, Machado de Assis, Gabriel García Márquez et Sherwood Anderson.
Où vous situez-vous dans le débat nature contre culture ? Êtes-vous né écrivain ou certains facteurs de votre environnement vous ont fait devenir écrivain ?
Je crois qu’il y a un esprit créatif en chacun d’entre nous, qui se manifeste sous des formes magnifiques et fantastiques, si on le laisse s’exprimer. Je ne viens pas d’une famille littéraire – mes frères et moi sommes les premiers à être allés à l’université – mais j’ai eu une enfance incroyable, entourée de personnes pleines d’imagination. Cet environnement, ainsi que les rencontres que j’ai pu faire par la suite, ont joué un rôle majeur dans mon devenir d’écrivain.
Les cours d’écriture créative se sont multipliés récemment, mais pensez-vous qu’on peut apprendre à bien écrire ?
Je pense que certaines choses peuvent s’apprendre dans l’écriture, et qu’on peut s’améliorer, mais le talent doit être là, caché ou bien visible.
Quels sont les thèmes de vos œuvres ?
La condition humaine, les préjugés, la discrimination et l’intolérance, mais aussi les sociétés où chacun se voit donner une nouvelle chance.
Sur quoi travaillez-vous en ce moment ?
Je suis en train d’écrire un roman qui se passe à la fois en Colombie et à New York.
À quoi ressemble une de vos journées d’écriture ?
Je n’ai pas d’emploi du temps fixe, mais je travaille mieux le matin, j’écris en général pendant trois ou quatre heures. Après, je lis ou je regarde un film, parfois je sors même voir des amis.
Où voudriez-vous être dans dix ans ?
J’adorerais avoir un appartement à New York et une maison sur une plage de la côte méditerranéenne en Espagne, et partager mon temps entre les deux.
Que trouvez-vous le plus excitant dans le fait d’écrire ?
L’écriture est pour moi comme une machine temporelle qui m’emmène où je veux, aussi longtemps que je le veux.
Que trouvez-vous le plus frustrant dans le fait d’écrire ?
Je trouve la partie commerciale de la vie d’écrivain frustrante et lassante.
Quelle a été pour vous la réaction la plus touchante de la part de vos lecteurs ?
Un jour, après une de mes lectures, une femme m’a confié avoir oublié où elle se trouvait. Elle m’a dit s’être sentie transportée dans la ville que je décrivais, au point de pouvoir en sentir les odeurs.
Est-ce que vous écrivez pour un public particulier, ou avant tout pour satisfaire votre propre créativité ?
J’espère toujours que mes écrits vont résonner en quelqu’un d’autre que moi, mais je n’écris jamais que pour moi-même. Si j’aime ce que j’écris, c’est que ce que j’ai écrit est bon et je suis content. |
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| Liens |
Le livre de l'auteur :
Dans la ville des veuves intrépides
Le site de l'auteur :
www.jamescanon.com
Voir aussi :
" Les écrivains américains issus de l'immigration ne coupent pas les racines... "Par Olivier Pascal-Moussellard, Télérama, 10 septembre 2008
A l’occasion du festival America de Vincennes, du 26 au 28 septembre, rencontre outre-Atlantique avec une nouvelle vague d’auteurs immigrés confrontés au déclin du mythe américain. [...]
"Sans lendemain"
Par Adélaïde de Clermont-Tonerre, Le blog d'Adélaïde, Mars 2008.
Direction l’Amérique du Sud, avec deux formidables premiers romans et deux écrivains, stylistiquement aux antipodes l’un de l’autre, mais hantés par les mêmes fantômes : ceux de conflits et de dictatures qui ont déchiré leurs pays d’origine. [...]
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