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Site d'auteur - Shalom Auslander |
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La Lamentation du prépuce ou les mémoires iconoclastes, hilarants et incroyablement touchants de Shalom Auslander, un jeune juif du New Jersey élevé dans la plus stricte tradition orthodoxe. Entrez dans l’univers plein d’humour, d’esprit et d’émotion de cette âme tourmentée, grâce à son site. |
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Vous y découvrirez une étonnante vidéo de présentation de son livre, où musique, images et voix de l’auteur vous communiqueront toute la force de ce texte unique.
Laissez-vous ensuite porter par la pensée sans tabous et l’humour grinçant de cet auteur à travers un aperçu de ses écrits et de ses interventions à la radio qui l’ont rendu célèbre outre-atlantique. Au même titre que son premier livre, un recueil de nouvelles intitulé Attention, Dieu méchant, qui paraîtra prochainement chez Belfond.
Extrait des premières pages de La Lamentation du prépuce lues par l'auteur sur son site.
4. « Et le Seigneur dit à Moïse :
– Voici la terre que je t’ai promise,
mais tu n’y entreras pas.
Vlan dans l’os !
5. Et Moïse mourut. »
in Deutéronome
« Quand j’étais petit, mes parents et mes maîtres me parlaient d’un homme qui était très fort. Ils disaient qu’il était capable de détruire le monde entier. Ils disaient qu’il pouvait soulever les montagnes. Ouvrir la mer en deux. Ils disaient qu’il était très important de ne pas le fâcher. Lorsque nous obéissions à ce qu’il avait édicté, il nous aimait bien, cet homme. Il nous aimait tellement qu’il tuait tous ceux qui ne nous aimaient pas. Mais si nous n’obéissions pas, alors il ne nous aimait pas. Il nous détestait. Parfois, il nous haïssait tellement qu’il nous tuait ; parfois, il laissait ce soin à d’autres. C’est ce que nous appelons les jours de fête : à Pourim, par exemple, nous nous souvenons de la fois où les Perses ont essayé de nous tuer ; à Pessah, de la fois où les Égyptiens ont essayé de nous tuer ; à Hannouka, de la fois où les Grecs ont essayé de nous tuer.
« Béni soit-Il », disons-nous dans nos prières.
Aussi terribles ces punitions eussent-elles été, elles étaient de la rigolade à côté de celles que l’homme en question pouvait nous infliger lui-même. Et allons-y avec la famine, et allons-y avec les déluges, et allons-y avec la vengeance aveugle. Hitler avait pu exterminer les juifs mais cet homme, lui, avait noyé la planète. Nous avions une ritournelle à son sujet, au jardin d’enfants :
« Dieu est ici,
« Dieu est là,
« Dieu est partout,
« Un point c’est tout ».
Ensuite, petit goûter et sieste agitée.
J’ai été élevé tel un veau dans la petite ville orthodoxe juive de Monsey, État de New York, où il était interdit de consommer du veau avec des produits lactés. Si l’on avait mangé du veau, il était interdit de manger des produits lactés pendant les six heures suivantes ; si on avait mangé des produits lactés, il était interdit de manger du veau pendant les trois heures suivantes. Il était interdit de bouffer du porc à jamais, ou en tout cas jusqu’à l’arrivée du Messie car c’est alors, nous avait appris Rabbi Napier en cours moyen deuxième année, que les méchants seront punis, que les morts ressusciteront et que le cochon deviendra cachère.
Les gens de Monsey, qui avaient une peur bleue du Créateur, me l’ont inculquée sans relâche. Ils me parlaient d’une certaine Sarah qu’Il avait rendue stérile parce qu’elle avait eu le malheur de rigoler ; d’un certain Job qui, pris de tristesse, avait osé demander « Pourquoi ? », obligeant Dieu à descendre sur terre, à le prendre par le collet et à lui hurler sous le nez : « Pour qui tu te prends, bordel ? »
Et c’est pourquoi chaque année, au début de l’automne, quand les feuilles sur les arbres s’étiolaient, puis tombaient foudroyées à terre, les braves gens de Monsey se regroupaient dans toutes les synagogues de la ville pour se demander en choeur de quelle manière Dieu allait les tuer : « Qui vivra et qui mourra, disait la prière, qui atteindra son temps et qui décèdera prématurément, qui périra par l’eau et qui par le feu, qui par l’épée, qui par les bêtes sauvages, qui par la pénurie, qui par la soif, qui par la tempête, qui par la peste, qui par strangulation et qui par lapidation ».
Ensuite, déjeuner et sieste agitée.
On est lundi matin, six semaines après que ma femme et moi avons appris qu’elle était enceinte de notre premier enfant, et je suis arrêté à un feu rouge. Ce gosse n’a pas une seule chance. C’est une mauvaise blague. Je le connais ce Dieu-là. Je sais comment Il procède. Il y aura une fausse couche, ou bien le bébé va mourir pendant l’accouchement, ou bien ce sera ma femme, ou bien ils vont mourir tous les deux, ou bien ils ne mourront ni l’un ni l’autre et je me croirai épargné mais en rentrant de la maternité notre voiture sera percutée de plein fouet par un automobiliste ivre et ils mourront ensuite aux urgences, ma femme et mon enfant, à quelques mètres de la chambre où nous nous étions trouvés quelques minutes plus tôt, remplis de bonheur, de vie et d’espoir.
Dieu tout craché, encore.
Les enseignants de ma jeunesse ne sont plus là, les parents ont vieilli ou ne sont plus très proches mais cet homme-là, celui dont ils n’ont cessé de me parler, traîne toujours dans le coin. Pas moyen de me débarrasser de lui. J’ai lu Spinoza, et Nietzsche, et plein de revues satiriques. Rien n’y fait. Je vis avec Lui chaque jour et voici qu’Il est toujours furieux, toujours assoiffé de vengeance, éternellement en pétard.
Je crois en Dieu.
Cela a toujours été un problème pour moi. »
in La Lamentation du prépuce. |
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